Table-ronde à la Maison de la Radio

Table-ronde à la Maison de la Radio

Une rencontre sans langue de bois

Au sein de la Maison de la Radio, à Paris, le CAPE (Centre d’Accueil de la Presse Étrangère) a ouvert ses portes à l’AJTE, représentée par quelques uns de ses membres et des invités (25 personnes au total), afin d’aborder un sujet d’actualité : l’avenir de la réparation collision. Pour ce faire, le Président Martial Burat avait demandé à Alexandre Guillet et Alain Schneider, deux éminents journalistes, de bien vouloir animer les débats.

Trois thèmes ont été l’épine dorsale de cette réunion :

1. les pièces détachées
2. la certification
3. rôle et avenir des experts.

tableronderadiofrance

Alain Schneider a brossé un résumé de l’évolution de ce secteur d’activité, avec le constat de la baisse du nombre des sinistres, de la baisse du trafic en général (civisme en utilisant moins son véhicule, augmentation du prix des carburants, etc.) En parallèle, le consommateur demande de plus en plus de véhicules moins sophistiqués (donc moins chers), le succès de la « Renault-Dacia » Logan est là pour l’attester. Ce qui devrait induire une baisse des primes d’assurance (réparations moins onéreuses) et des coûts d’entretien réduits, bien que parallèlement, le client demande de plus en plus de services.

Une aparté a été apportée avec l’exemple des USA où des « points concierge » (entendez par là une sorte « d’homme aux clés d’or », concierge des grands hôtels, à qui l’on peut demander toutes sortes de services) se multiplient en simplifiant la vie de l’automobiliste sinistré : son assureur lui indique un lieu où il devra amener son véhicule, en échange d’un autre de courtoisie, et où il viendra récupérer sa voiture après réparation. Réparation qui sera réalisée en un lieu inconnu du client. C principe ne favorise pas le contact client-réparateur !
Autre exemple, la Grande Bretagne où des réparateurs sont « intégrés » à des compagnies d’assurance. Enfin l’Australie adopte un principe proche de la France, sauf que la réparation d’un véhicule est mise « aux enchères » entre plusieurs carrossiers : c’est celui qui annonce le prix le plus bas qui remporte le marché ! !

Quel avenir pour la distribution de pièces détachées ?
Jean-Paul Guillou, de la MAIF, collabore avec Cora pour certaines pièces et se félicite de ce partenariat, avec de très bonnes réactivités et qualité des pièces. Auguste Amieux, de Cora confirme même que pour des fournitures de pièces étrangères, le montant de la facture peut accusé une baisses de 30%, profitable au réparateur et au client final.

Jean Ravier, président du GNCR a fait part de ses craintes quant aux marges restantes : pas de marge, pas de gain ! Soutenu en cela par Eric Bardy, du réseau AD Carrosserie, argumentant sur le coût moyen de la réparation.
François Farcy, de la MATMUT expose son point de vue, quelque peu différent, en affirmant qu’il vaut mieux réparer que de changer des pièces. En effet, il est très pessimiste quant à la libéralisation des éléments de carrosserie. Auguste Amieux, de Cora, complète en affirmant que si ce marché se libéralise, le prix final des pièces devrait diminuer de 10%, aidé en cela par une concurrence entre distributeurs et concessionnaires.
Alain Schneider continue son « panorama » des pays étrangers, en citant le cas de la Grande Bretagne où depuis peu, une compagnie d’assurance propose à ses clients des pièces de réemploi pour la réparation de leur véhicule. Si la réponse est positive, il s’en suit une baisse des primes d’assurance.
Réponse d’Axial par la voix de son président, Philippe Gervasonni : « Les bonnes pièces de réemploi proviennent trop souvent de véhicules volés».

Alexandre Guillet relance le débat en demandant « Quid de la traçabilité totale des pièces sur la facture du client ? » La réponse vient de Serge Valet, carrossier et président de la Section Carrosserie de la FNA : « Techniquement, c’est parfaitement réalisable, mais très lourd à gérer administrativement pour de petites entreprises, de plus, les pièces sont une partie non négligeable de notre chiffe d’affaires »
Pierre Delhorme, carrossier important à Lyon, précise « chez nous, on ne parle pas de chiffre d’affaires, mais de marge brute, à savoir que celle ci se divise à raison de 23% pour les pièces et 77% pour la main-d’œuvre. Nous ne sommes pas pour le remplacement systématique des pièces. Nous sommes d’accord pour la réparation des plastiques (boucliers, pare-chocs) à condition que cela soit rentable ».
Il ressort quand même que l’on note une baisse de la marge sur les pièces ainsi que sur les produits peinture.
Jean-Paul Guillou, précise que la MAIF baisse ses primes de 7% depuis trois ans et qu’il a plus envie de dialoguer avec des réparateurs dont le taux horaire est de 25€ plutôt que ceux qui travaillent à 75€ !
Didier Jobart, journaliste à Après-Vente Automobile apporte des précisions quant au panorama professionnel de la réparation carrosserie : « A juillet 2006, on dénombrait 14 660 établissements exerçant une activité de réparation carrosserie, dont 2 200 MRA, 3 680 concessionnaires, 5 430 agents et 3 330 carrossiers indépendants ».

Nécessité d’agrément ?
Jean Ravier commente la mise en place progressive de l’enseigne Eurogarant et la nécessité de faire une sélection par la qualité et non de la taille de l’entreprise.
Philippe Gervasoni abonde en ce sens en précisant que 90% du réseau Axial sont aujourd’hui certifiés et cautionne Eurogarant car c’est un label de qualité européen.
A ce sujet, Joël Quintard, du réseau Autoneo annonce qu’être labellisé « Eurogarant » est obligatoire pour faire partie de son réseau. Cette démarche, bien que lourde, est bien accueillie par les professionnels. Philippe Gervasoni approuve et précise qu’il est nécessaire de « normer » la profession de carrossier, ce à quoi rétorque Laurent Mercié, avocat, que depuis 1996, la légalisation du diplôme de carrossier a été mise en place.
De son côté, Eric Bardy, AD Carrosserie, trouve illogique l’obligation d’avoir un banc de redressage pour répondre aux exigences d’Eurogarant. En effet, les réparations nécessitant la mise en œuvre d’un tel équipement (cher à l’achat et à l’entretien) sont de moins en moins courantes ; si cette obligation disparaît, nous adhérerons à cette enseigne.
François Farcy, de la MATMUT, affirme que des questionnaires très précis concernant les ateliers de carrosserie agréés « MATMUT » ainsi qu’un cahier des charges spécifique à chaque atelier sont déjà instaurés au sein de son organisme.
Roger Fraux de COVEA AIS, pense qu’avec Eurogarant, va se créer une homogénéisation de la profession de carrossier grâce au cahier des charge très stricte et très complet et qui sera déterminant quant à la décision d’agrément.

L’avenir et le rôle des experts ?
Nous aurons toujours besoin d’experts, mais lesquels ? Jean-Paul Guillou précise que le rôle de l’expert est important pour le client final. François Farcy est plus catégorique en affirmant que l’expert est indispensable pour juguler les velléités de certains professionnels !
Jean-Claude Gillet, président de la CSNEAF (un des chambres syndicales d’experts) commente la baisse de 23% du nombre d’experts en automobile et constate qu’il y a plus d’imputabilité de dommages qu’avant et que le nombre de dossiers VO (achat ou vente) est en baisse mais qu’il est nécessaire d’y consacrer plus de temps.
Pierre Stewart, de l’UPEAS, commente le rôle nécessaire de l’expert salarié et son utilité dans les rapports avec les grandes flottes et grandes entreprises quant aux conseils apportés.

tableronderadiofrance2

Les débats auraient pu continuer encore de longues heures si Martial Burat n’avait mis un terme à cette matinée, en remerciant amicalement tous les participants et en les priant de bien vouloir « passer à table »!
Cette matinée n’était-elle pas annoncée comme table ronde ?

Bernard Rambaud


Partager cet article :

Les AJTE
Écrit par Les AJTE

L'Association des Journalistes Techniques et Economiques réunit des journalistes, des équipementiers, des constructeurs, des attachés de presse, ou encore des sociétés de service qui partagent tous leur intérêt pour l'après-vente automobile.